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Nos impôts enrichissent Facebook

Facebook logo detailSelon la Fédération française des télécoms (FFT), les géants américains que sont Google, Apple, Facebook, Amazon et Microsoft ont payé 22 fois moins d’impôts en France en 2011 que ce qu’elles auraient payé si leurs activités étaient localisées et taxées nationalement en France. La perte pour l’État est importante pour la France comme pour d’autre et commence à chatouiller plus d’un pays mais pas forcément tous nos élus. C’est ce qui m’interpelle.

Dernièrement Facebook et Apple ont refusé de participer à la commission d’information de l’Assemblée Nationale sur l’optimisation fiscale des entreprises. Fin juin, la ministre de la culture, Aurélie Filippetti, a appelé Amazon à « payer ses impôts » en France, estimant que l’ensemble du chiffre d’affaires réalisé sur le territoire national par le site de commerce en ligne ne correspondait pas à l’impôt qu’il y payait.

Mais ce problème ne semble pas vraiment chagriner plus que ça les collectivités locales qui donnent des sommes de plus en plus importante à Facebook. Comme les marques, et toujours un peu en décalé, les collectivités locales se sont lancées dans une course aux fans à grand coup d’investissements publicitaires.

Le jeu du « qui a la plus grosse »

Peut être encouragées par des classements comme le Baromètre des collectivités réalisé par l’institut Edgard Quinet, qui ne fait qu’une analyse quantitative et pas du tout qualitative, certaines n’hésitent pas à dépenser beaucoup d’argent en statuts sponsorisés pour mettre en avant leur page et gagner du fan. C’est sympa d’afficher des augmentations de +18% ou +40% ! Certaines envoient d’ailleurs chaque mois un communiqué pour se féliciter de leur bonne place sur le podium, ou un tweet pour dire qu’elles sont premières.

Et ce ne sont pas des chiffres anecdotiques quand on creuse un peu : une commune qui dépense plus de 30.000 euros par an, un conseil général qui met 4.500 euros pour obtenir rapidement ses premiers fans à l’ouverture de sa page ou une région qui sponsorise en permanence sa page pendant plusieurs mois et gagne 10.000 fans en un mois. Tout ça pour arriver en haut du podium du fameux classement et dire qu’ils ont « la plus grosse… »

Une somme qui peut vite gonfler

Même en considérant qu’un fan ainsi acquis peut être évalué à 0,25 euro, l’ardoise de ce dopage est facilement de 30.000 à 40.000 euros par an pour une seule collectivité en continuant à ce rythme. Bien plus que certaines subventions supprimées à des associations et clubs de sport sur l’autel de la rigueur budgétaire dont nos élus se gargarisent depuis quelques temps. Ce tarif de 25 centimes est un moyenne constatée. Sur sa grille tarifaire, Facebook propose un prix du fan entre 14 et 50 centimes.

Grille tarif facebook

Je ne remets pas en cause la pertinence d’être sur Facebook pour une collectivité. Mon CV témoigne d’avoir été l’un des premiers à créer une page de collectivité régionale sur Facebook en France. Facebook est un point de contact incontournable et une grande partie de mon activité de coach web est d’en expliquer les rouages.

Ce sont surtout les dépenses publicitaires qui me dérangent et m’inquiètent en tant que contribuable. L’euro dépensé dans un club de sport ou une entreprise locale n’est-il pas plus rentable, ne serait-ce que parce que ces structures créent de la richesse locale et paient aussi un impôt.

Si les entreprises font ce qu’elles veulent, elles le font payer au client, la question de ces dépenses des collectivités me pose plus de questions. Elles sont faites avec de l’argent public, donc nos impôts, et données à des entreprises qui ne paient quasiment pas d’impôts en France.

Les firmes citées au début ont payé un total de 37,5 millions d’euros d’impôts en 2011 en France. Seulement !

Evasion fiscale avec la complicité des élus

Combien en regard les collectivités locales ont elles dépensées sur Facebook en achat publicitaire ? Difficile à savoir et souvent noyé dans un appel d’offre plus large. Dans le cadre d’un article pour Cyberbougnat j’ai posé 4 fois la question à ma mairie sans réponse !

Ainsi ces impôts ne sont pas réinvestis dans l’économie locale et française, c’est une chose, mais les élus participent aussi directement à l’évasion fiscale qu’ils disent pourtant unanimement vouloir combattre. Cet argent collecté en France ne revient jamais en France, à peine en Europe d’ailleurs, et même les états américains se concurrencent entre eux pour leur faire payer moins d’impôts.

Un appauvrissement global avec la bénédiction des élus car l’euro collecté en France s’envole donc et ne reviendra jamais. Et même en terme de visibilité et de communication de pose la question de l’impact réel de ces dépenses. Mais surtout éthiquement, peut-on continuer à se plaindre que ces sociétés ne paient pas d’impôts en France et continuer à leur donner de l’argent public de cette manière ?

Je connais aussi l’argument : « on travaille avec des agences locales pour gérer ce budget. » Maigre consolation surtout due au fait qu’une collectivité n’a pas de carte bleue et dans tous les cas ne diminue pas la somme donnée à Facebook mais ajoute seulement un surcout, parfois seulement administratif. Elles vont aussi dire qu’elles créent de l’emploi en embauchant des community managers. Le blabla classique de justification de dépenses administratives et des effectifs qui gonflent.

Mais surtout un community manager doit aussi savoir travailler sans carte bleue, et doit avoir d’autres indicateurs que ce critère purement quantitatif. Comment font les petites entreprises sans budget ?

Bientôt les élections

Il serait peut être tant que les élus et collectivités réfléchissent un peu à la destination finale de telles dépenses. Ne serait-il d’ailleurs pas pertinent qu’une commission de l’Assemblée Nationale se penche sur le phénomène pour quantifier un peu les choses ?

D’autant que la période pré-électorale n’arrange rien. Dans la tête de certains élus, Facebook au même titre que les journaux municipaux, sont des moyens de mise en avant du bilan de leur action et de la collectivité.

Ils ont compris qu’ils ne devaient plus y mettre leur tête mais il est tentant de faire grossir les bases de fans en ciblant une grande partie des futurs électeurs sous couvert d’informer la population. N’oublions pas que les directeurs de communication et de cabinet qui pilotent ces budgets sont aussi souvent ceux qui ont fait et vont faire les campagnes de leur élu. J’ai d’ailleurs vu les CM de certaines collectivités dépensant beaucoup en publicité sur Facebook défendre farouchement leur maire à titre privé sur Facebook aussi…

Si ces dépenses publicitaires deviennent limite pour les prochaines municipales, surtout si elles sont nouvelles, il reste encore un peu de temps pour les départements et régions. Facebook peut donc se réjouir, il va continuer à bénéficier du système fiscal en y contribuant le moins possible. Et les impôts continuent eux à augmenter…