La génération Y est-elle si connectée ?

Après lecture du billet La génération Y va tout changer, je m’étais demandé si les comportements décrits correspondent réellement à la réalité des choses. La génération Y désigne les ados et jeunes adultes actuels, ceux nés grosso-modo entre 1982 et 1997. Une génération branchée, qui pense différemment, où la télévision perd de son influence et le mobile devient roi.

Il se trouve que j’enseigne quelques heures par an à des élèves en communication issus de cette génération et que cela modifie un peu ma vision de cet article. Comme je l’ai dit dans un commentaire, on ne peut faire un amalgame si généraliste d’une génération qui devrait finalement être redécoupée. Car la constatation que je fais régulièrement, c’est que j’ai l’impression qu’une partie de ces Y a manqué le coche de la technologie. Les plus âgés de cette génération ont grandi avec la télévision, car l’ordinateur n’est finalement arrivé massivement que plus tard, et semblent coincés entre deux sous-générations. Il y a les plus jeunes qui eux c’est sûr seront hyperconnectés. Il y a des plus âgés, ceux de la génération X qui ont eu la chance de voir internet se développer, de participer activement à son construction et sont finalement hyperconnectés aussi.

Je me classe personnellement dans cette deuxième catégorie. J’ai connu internet à une époque où les sites étaient peu nombreux, où en créer un relevait encore un peu de l’exploit, où acheter un nom de domaine n’était pas si simple et où les hébergeurs comme Mygale puis Altern était les refuges de gens d’une curiosité insatiable. Le développement incroyable des technologies et des possibilités nous a entraîné dans une course folle pour rester à jour. Je le dis aux jeunes que je croise : « L*‘important c’est la curiosité.*«

Or, justement, j’ai l’impression parfois que c’est ce qui manque le plus à ces jeunes que je croise en université. Chaque année je fais le test de demander combien ont un blog. Le chiffre est bien faible. Combien ont Twitter ? Encore moins. Les outils sont là mais peu ont la curiosité de les tester, des les utiliser suffisament pour les intégrer à leur quotidien. Et pourtant ils ne peuvent passer à côté.

Ce qui n’était pour moi qu’une impression se confirme via l’enquête annuelle sur l’équipement informatique des étudiants de Lyon. Réalisée pour l’instant avec un échantillon de 5858 réponses, elle montre que finalement ces étudiants ne semblent pas si « net ». Tous ou presque ont un ordinateur, mais 70% passent moins de 10 heures par semaine sur un ordinateur, soit à peine une heure et demi par jour. Entre loisirs, recherches « scolaires », information, réseaux sociaux… ça fait finalement très peu.

Si 98,6% ont un téléphone portable, ils l’utilisent peu pour internet (un peu plus de 20%). Question de prix ou d’utilité ? Seulement 8% ont un blog et 2% utilisent Twitter. Ils utilisent encore beaucoup Microsoft Office, connaissent RSS à 86% mais ne sont que 13% à utiliser un lecteur RSS. En fait on constatera surtout que 75% sont sur MSN pour la messagerie instantanée et qu’ils sont à 63% sur Facebook.

Je ne vais pas en tirer trop de conclusions, juste que cette vision en génération est sûrement trop simpliste. Certes il y a moins d’hyperconnectés chez les X que chez les jeunes Y mais on attend justement des jeunes diplômés qu’ils puissent amener leur maîtrise de ces outils dans des structures plutôt « old-school ». J’ai l’impression parfois que ce ne sera pas le cas, certains ont même du mal avec l’ordinateur.

Alors que vont-ils faire : suivre les X connectés en attendant de se faire dépassés par les Y hyperconnectés ? Ou peut être l’usage de ces outils qui font la richesse d’internet ne leur sautera aux yeux qu’à l’entrée dans la vie active. Pour l’instant, j’ai quand même l’impression que c’est la X qui est en train de chambouler les choses…