On ne parle que de ça depuis quelques heures. J’ai participé à quelques débats sur le sujet mais à force de me répéter je préfère donner mon sentiment ici.
Les « heureux » détenteurs d’une Freebox Révolution, dont moi, ont maintenant la « chance » d’être protégé par un Adblocker. Je cite la présentation de Free sur son blog, c’est important :
Ajout d’une option adblocker permettant de bloquer des publicités (bêta)
Pour autant cette mesure présentée comme une avancée pour l’internaute est inquiétante.
Free ment
En apparence l’introduction d’une telle option est une bonne chose pour l’internaute qui commence à saturer de pub. Certains défendent d’ailleurs la position de Free. Mais le hic c’est que Free n’a pas intégré un Adblocker global mais un Google AdBlocker. Ainsi la Freebox ne bloque que les publicités servies par les serveurs de Google.
Les autres régies sont elles épargnées alors qu’elles servent des formats vraiment intrusifs en comparaison aux formats textuels de Google. Exemple avec cette petite copie d’écran chez Le Figaro.

Mais vous pouvez parcourir tous les sites d’infos pour constater que c’est partout la même chose. Les publicités comportementales ne sont pas non plus bloquées alors qu’elles sont probablement celles qui posent le plus de questions sur nos données et inquiètent le plus certains pays et la commission européenne.
Free vise google
La véritable raison est la volonté de faire payer Google pour les coûts générés non pas seulement pour sa régie pub mais par le visionage des contenus YouTube. Free veut faire payer Google pour l’élargissement des tuyaux, Google ne veut pas créer un précédent. Alors débute un bras de fer.
Première étape du bras de fer, les abonnés Free subissent depuis des mois des ralentissements pour visionner des vidéos YouTube. Seconde étape, Free tape au porte monnaie du moteur de recherche qui vit essentiellement de la pub. Théoriquement la troisième étape est Google paie et Free retire son outil.
Car oui, Xavier Niel ne veut pas remettre en cause la publicité sur Internet. Je suis même persuadé qu’il a des billes dans des sociétés vendant de la pub. En tout cas il a a des billes dans Le Monde qui vit en partie de la pub.
Free rompt la neutralité
Xavier Niel piétine la neutralité du net. Cette dernière garantit que les tuyaux ne font pas la distinction entre les protocoles, les contenus, la source et le destinataire. Là Free modifie ce qui transite et vient de prouver à tout le monde à quel point il est facile pour un FAI de le faire.
Et finalement, peut-on vraiment avoir confiance désormais en Free ? Aucune indication quant aux sites, services, régies bloqués ne figure nulle. Après tout, on peut très bien imaginer que cette option visible cache aussi des codes non visibles qui pourraient masquer une partie des contenus, collecter des données, rediriger d’autres contenus…
Et puis Free peut-il bloquer autre chose. Ne fera-t-il pas un jour une option payante pour accéder à un web complet ?
Free crée un précédent
Et puis, Xavier Niel n’a-t-il pas ouvert la boite de Pandore ? Finalement pourquoi nos dirigeants politiques ne prendraient pas exemple sur une telle mesure pour forcer la mise en place d’outils de filtrage ? Free ne pourrait pas rétorquer que ce n’est pas possible ou que ça ne sert à rien après l’avoir lui même utilisé.
Depuis des années la volonté de nos gouvernants est de mieux contrôler internet. Le cas des hashtags sur Twitter a encore engendré ce type de réflexe. Finalement pourquoi ne pas le faire au niveau de la box. C’est plus efficace que d’imposer aux internautes un logiciel sur leur ordinateur comme voulait le faire Hadopi.
Free prive les éditeurs de revenus
Reste enfin le problème des éditeurs de contenu dont je fais partie avec Cyberbougnat. Free représente chez moi environ 12% des visiteurs. Même si seulement la moitié a une Freebox Revolution, cela fait tout de même entre 5 et 6% qui ne voient plus les pubs et ne peuvent pas cliquer dessus. 5 à 6% de CA de moins ce sont des frais non couverts et des investissement qui ne se font plus. Comme en plus Google est mon AdServer cela m’oblige aussi à revoir ma structure technique de diffusion si je veux remplir mes objectifs quand je vends de la pub.
Conclusion
Xavier Niel et Free se font passer pour les gentils protecteurs des internautes contre la méchante pub. Et c’est vrai que les internautes en ont marre de la pub. Mais dans les faits Niel défend surtout ses intérêts. Sinon il aurait bloqué toute la pub.
Bref, une belle prise d’otages. Mais les otages ont parait-il le sourire puisque les internautes sont heureux d’un web dans pub. Enfin quand ils trouvent un site sans pub…
Dugomo janvier 5, 2013 at 12:17
La guerre entre Free et Google ne doit pas nous pénaliser nous, que nous soyons éditeurs ou simples internautes. La 3ème étape pourrait être : Google interdit l’accès de ses services aux freenautes. Privés de Gmail, ça irait vite au désabonnement général.
Il y a une autre solution : les prix des box sont ridiculement bas en France, une légèrement augmentation du forfait mensuel permettrait de financer ces fameux tuyaux.
Bertrand Soulier janvier 5, 2013 at 1:17
Je ne crois pas à la troisième étape car ça placerait Google en position de gros méchant. Pour l’instant l’américain est plutôt épargné dans les critiques.
Pour l’augmentation du prix, il a déjà augmenté de 4 ou 5 euros avec l’arrivée de la Révolution. Je ne suis pas contre une augmentation mais ça ne va que repousser le problème car en ce moment on pousse pour aller vers la le THD en vantant les capacités à visualiser du contenu HD et lourd à plusieurs en même temps dans le même foyer. ça ne présage pas une amélioration…
MartinDupont janvier 5, 2013 at 1:05
Free, dans un contexte pur de l’information, je ne veux pas parler des services webs, est à rapprocher du journalisme et des journalistes ou des éditeurs littéraires, ils diffusent uniquement les informations qui intéressent leurs clients ou abonnées, et qui rapporte du CA. quand le lecteur n’est pas d’accord avec le contenu, il change de magazine, de journal. L’écrivain, quant à lui, cherche un autre éditeur, non. d’accord Free devrait changer de nom LOL.
pour la neutralité du web, je pense qu’il ne faut que considérer le fait que tous le monde est libre de diffuser ce qu’il veut sur la toile, mais tous le monde n’est pas obligé de le lire (ça se trouve Google ne le référencera meme pas !!) ou le distribuer.
Bertrand Soulier janvier 5, 2013 at 1:19
Free ne diffuse pas. Il fournit le tuyau et le matériel pour accéder aux contenus. D’ailleurs en ce sens il est différent d’Orange qui a acheté des fournisseurs de contenus comme Deezer et maltraite la neutralité en favorisant ce dernier au dépend de Spotify.
MartinDupont janvier 5, 2013 at 4:18
effectivement, free est un canal de distribution et non un diffuseur. j’utilisais la terminologie pour l’aspect « neutralité du web »
Orange est comme Free, il distribue ce qu’il veut.
Si demain, on oblige Free à tout distribuer, alors Carrefour devra vendre toutes les marques de céréales existants au monde.
Sinon, ça parait difficile, c’est de soumettre la page web, dans sa totalité, aux droits d’auteur : on a tout ou rien.
jb janvier 5, 2013 at 2:37
bof ça sent le coup de la réunion chez Free « qu’est ce qu’ont peut faire pour faire chier Google et qu’ils arrêtent de vouloir nous faire payer ». « hey j’ai une idée on devrait bloquer la pub ça leur ferait les pieds ah ah ah ». et hop. Dans 1 semaine on en parlera plus quand l’un ou l’autre aura plié.